Cinématique du Point Matériel

Kamel Bousnina
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Mécanique Générale 1 · Chapitre 2

Cinématique du
Point Matériel

Position, vitesse, accélération — comprendre le mouvement avant d'en chercher les causes. Un cours complet avec calculs, codes MATLAB et simulations interactives.

Niveau : L1 / CPGE / Ing. Durée : ~45 min 3 codes MATLAB inclus
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cours mécanique générale: chapitre 2, cinématique du point matériel

1. Introduction — pourquoi la cinématique d'abord ?

Avant de comprendre pourquoi un objet se déplace, il faut être capable de décrire comment il se déplace. C'est exactement le rôle de la cinématique : elle s'intéresse au mouvement en lui-même, sans se préoccuper des forces qui en sont à l'origine. C'est une étape indispensable avant d'aborder la dynamique au chapitre suivant.

Pensez-y comme à un photographe qui documente une course automobile : il enregistre les positions, les vitesses, les trajectoires — sans s'interroger sur la puissance du moteur. La cinématique, c'est ça : observer, mesurer, et décrire mathématiquement le mouvement.

💡
Définition — Cinématique Branche de la mécanique qui étudie le mouvement des corps en termes de position, vitesse et accélération, indépendamment des causes qui le produisent.

La plupart des cours disponibles en ligne traitent les différents systèmes de coordonnées de manière isolée, sans montrer les liens entre eux ni proposer d'illustrations numériques. Dans ce chapitre, nous montrons comment passer d'un système à l'autre, illustrons chaque concept avec des graphiques MATLAB et insistons sur les erreurs classiques.

Vecteurs vitesse et accélération en mouvement circulaire
Fig. 1 — Vecteurs vitesse (tangentiel) et accélération (centripète) pour un point en mouvement circulaire uniforme.

2. Référentiel et repère d'espace

Voici une question qui paraît anodine mais fondamentale : « La voiture avance-t-elle ? ». La réponse dépend de là où vous vous trouvez. Si vous êtes dans la voiture, elle est immobile par rapport à vous. Si vous êtes sur le trottoir, elle se déplace. La cinématique n'a de sens que si l'on précise par rapport à quoi on décrit le mouvement : c'est le référentiel.

📐
Définition — Référentiel Un référentiel est constitué d'un repère d'espace (solide de référence + système de coordonnées) et d'une horloge. Parler d'un mouvement sans préciser le référentiel n'a aucun sens physique.

Un repère d'espace est défini par une origine O et une base de trois vecteurs unitaires orthogonaux (O, î, ĵ, k̂). On choisit en général une base orthonormée directe : î × ĵ = k̂.

Les référentiels usuels

RéférentielSolide de référenceUtilisation
Géocentrique (Copernic)Centre de la Terre, axes fixesMécanique céleste
Terrestre (laboratoire)Surface de la TerreExpériences courantes
HéliocentriqueCentre du SoleilMouvement planétaire
Lié au solideSolide en mouvementMouvement relatif

3. Vecteur position et équation horaire

Pour repérer un point matériel M dans un référentiel donné, on définit le vecteur position OM⃗(t), reliant l'origine O au point M à l'instant t.

📌 Vecteur position — coordonnées cartésiennes
OM⃗(t) = x(t)·î + y(t)·ĵ + z(t)·k̂ x(t), y(t), z(t) : équations horaires du mouvement
⚠️
Erreur classique La trajectoire est le lieu géométrique des positions successives de M. Elle s'obtient en éliminant le paramètre t entre x(t) et y(t). Ne la confondez pas avec l'équation horaire — la trajectoire ne dit pas quand le point passe par chaque position.

Exemple : le mouvement parabolique

Un projectile lancé avec une vitesse initiale v₀ à un angle α par rapport à l'horizontale (sans frottement) :

Équations horaires du tir parabolique
x(t) = v₀·cos(α)·t y(t) = v₀·sin(α)·t − ½·g·t² Trajectoire (en éliminant t) : y = x·tan(α) − g·x² / (2·v₀²·cos²α)
Trajectoire parabolique d'un projectile
Fig. 2 — Tir parabolique : composante horizontale uniforme, composante verticale uniformément accélérée (chute libre).

4. Vecteur vitesse instantanée

La vitesse instantanée caractérise l'état d'un mobile à un instant précis, définie comme la limite de la vitesse moyenne quand l'intervalle de temps tend vers zéro.

📌 Définition — Vecteur vitesse
v⃗(t) = lim[Δt→0] ΔOM⃗/Δt = d(OM⃗)/dt En coordonnées cartésiennes : v⃗(t) = ẋ(t)·î + ẏ(t)·ĵ + ż(t)·k̂ Module : |v⃗| = √(ẋ² + ẏ² + ż²) [m/s]
Propriété fondamentale Le vecteur vitesse est toujours tangent à la trajectoire, et son sens est celui du mouvement. C'est ce qui définit le vecteur tangent à la courbe en chaque point.

5. Vecteur accélération et repère de Frenet

Le vecteur accélération mesure la variation du vecteur vitesse par rapport au temps. Attention : l'accélération ne se réduit pas à « la vitesse augmente ». Un mobile peut changer de direction à vitesse constante — il est quand même accéléré !

📌 Définition — Vecteur accélération
a⃗(t) = dv⃗/dt = d²(OM⃗)/dt² En cartésien : a⃗(t) = ẍ(t)·î + ÿ(t)·ĵ + z̈(t)·k̂ [m/s²]

Décomposition de Serret-Frenet (repère intrinsèque)

Décomposition de Frenet
a⃗ = aₜ·T̂ + aₙ·N̂ aₜ = dv/dt ← accélération tangentielle (change |v⃗|) aₙ = v²/Rc ≥ 0 ← accélération normale/centripète (change direction) Rc : rayon de courbure de la trajectoire
💡
Interprétation concrète Dans un virage à vitesse constante, aₜ = 0 mais aₙ ≠ 0 : vous êtes bien accéléré (centripètement). Si vous accélérez en ligne droite : aₙ = 0, aₜ ≠ 0 seulement.
Repère de Frenet-Serret
Fig. 3 — Repère de Serret-Frenet : vecteur tangent T̂, vecteur normal N̂ (centripète) et binormal B̂.

6. Systèmes de coordonnées

6.1 Coordonnées cartésiennes (x, y, z)

Base fixe (î, ĵ, k̂) — indépendante du temps. Idéale pour les mouvements rectilignes.

Cartésien
OM⃗ = x·î + y·ĵ + z·k̂ v⃗ = ẋ·î + ẏ·ĵ + ż·k̂ a⃗ = ẍ·î + ÿ·ĵ + z̈·k̂

6.2 Coordonnées polaires (ρ, φ) — plan 2D

Les vecteurs de base eρ⃗ et eφ⃗ tournent avec le point M. C'est capital — oublier de les dériver est l'erreur n°1.

Polaire — Formules essentielles
OM⃗ = ρ·eρ⃗ v⃗ = ρ̇·eρ⃗ + ρ·φ̇·eφ⃗ (radiale) (orthoradiale) a⃗ = (ρ̈ − ρ·φ̇²)·eρ⃗ + (ρ·φ̈ + 2ρ̇·φ̇)·eφ⃗ accélération radiale + transverse Le terme 2ρ̇·φ̇ = accélération de Coriolis
⚠️
Piège classique en polaire Le terme −ρ·φ̇² (centripète) et le terme 2ρ̇·φ̇ (Coriolis) sont souvent oubliés. Ce dernier est nul uniquement si ρ est constant ou φ̇ = 0.

6.3 Coordonnées cylindriques (ρ, φ, z)

Cylindrique
OM⃗ = ρ·eρ⃗ + z·k̂ v⃗ = ρ̇·eρ⃗ + ρ·φ̇·eφ⃗ + ż·k̂ a⃗ = (ρ̈ − ρφ̇²)·eρ⃗ + (ρφ̈ + 2ρ̇φ̇)·eφ⃗ + z̈·k̂
Coordonnées polaires vecteurs unitaires
Fig. 4 — Vecteurs unitaires polaires : eρ⃗ (radial, vers M) et eφ⃗ (orthoradial). Ces vecteurs pivotent quand φ varie.

7. Types de mouvements classiques

7.1 Mouvement rectiligne uniforme (MRU)

MRU
a⃗ = 0⃗ → v⃗ = v₀⃗ = constante x(t) = x₀ + v₀·t

7.2 Mouvement rectiligne uniformément accéléré (MRUA)

MRUA
a⃗ = a₀⃗ = constante v(t) = v₀ + a₀·t x(t) = x₀ + v₀·t + ½·a₀·t² v² = v₀² + 2·a₀·(x − x₀) ← sans le temps, très utile !

7.3 Mouvement circulaire uniforme (MCU)

MCU — ρ = R = cste, φ̇ = ω = cste
φ(t) = φ₀ + ω·t v⃗ = R·ω·eφ⃗ → |v⃗| = R·ω = constante a⃗ = −R·ω²·eρ⃗ → |a⃗| = R·ω² = v²/R (centripète)

7.4 Mouvement circulaire non uniforme (MCnU)

MCnU — φ̈ ≠ 0
a⃗ = −R·φ̇²·eρ⃗ + R·φ̈·eφ⃗ |a⃗|² = (R·φ̇²)² + (R·φ̈)²

8. Codes MATLAB commentés et graphiques

Les formules théoriques prennent tout leur sens quand on les visualise. Voici trois scripts MATLAB progressifs — lisez les commentaires, ils font partie intégrante du cours.

Code 1 : Tir parabolique

MATLAB
% ================================================
% CINÉMATIQUE — Tir parabolique
% Mécanique Générale 1 | Chapitre 2
% ================================================
clear all; close all; clc;

% Paramètres initiaux
v0    = 20;            % Vitesse initiale [m/s]
alpha = 45*pi/180;   % Angle [rad]
g     = 9.81;          % Pesanteur [m/s²]

% Durée du vol (y=0 à l'atterrissage)
t_vol = 2*v0*sin(alpha)/g;
t     = 0:0.01:t_vol;

% Équations horaires
x = v0.*cos(alpha).*t;
y = v0.*sin(alpha).*t - 0.5.*g.*t.^2;

% Vecteur vitesse (dérivées)
vx = v0*cos(alpha)*ones(size(t));
vy = v0*sin(alpha) - g.*t;
v  = sqrt(vx.^2 + vy.^2);

% Figure 1 : Trajectoire
figure; plot(x,y,'b-','LineWidth',2);
xlabel('x (m)'); ylabel('y (m)');
title('Tir parabolique (α=45°, v₀=20 m/s)');
grid on; axis equal;

% Figure 2 : Vitesse
figure; plot(t,vx,'r-',t,vy,'b-',t,v,'k--','LineWidth',1.8);
legend('vₓ','v_y','|v⃗|'); xlabel('t (s)'); grid on;

% Résultats clés
portee = v0^2*sin(2*alpha)/g;
h_max  = (v0*sin(alpha))^2/(2*g);
fprintf('Portée=%.2f m | h_max=%.2f m\n',portee,h_max);
📊 Simulation — Tir parabolique (v₀=20 m/s, α=45°)

Code 2 : Mouvement circulaire uniforme

MATLAB
% ================================================
% MCU — Vitesse tangentielle + Accélération centripète
% ================================================
clear all; close all; clc;

R     = 2;       % Rayon [m]
omega = 1.5;    % Vitesse angulaire [rad/s]
t     = 0:0.01:2*pi/omega;

% Position
x = R.*cos(omega.*t);
y = R.*sin(omega.*t);

% Vitesse (tangentielle)
vx = -R.*omega.*sin(omega.*t);
vy =  R.*omega.*cos(omega.*t);

% Accélération (centripète ← vers O)
ax = -R.*omega^2.*cos(omega.*t);
ay = -R.*omega^2.*sin(omega.*t);

% Vérification : |a| = R·ω² = constante
fprintf('|a⃗| moy = %.4f  |  théorique = %.4f\n',...
        mean(sqrt(ax.^2+ay.^2)), R*omega^2);

% Tracé avec vecteurs au quart du tour
idx = round(length(t)/4);
figure; plot(x,y,'b-','LineWidth',2); hold on;
quiver(x(idx),y(idx),vx(idx)/2,vy(idx)/2,0,'r','LineWidth',2);
quiver(x(idx),y(idx),ax(idx)/4,ay(idx)/4,0,'g','LineWidth',2);
axis equal; grid on;
legend('Trajectoire','v⃗ tangentielle','a⃗ centripète');
title('MCU : v⃗ tangent, a⃗ centripète vers O');
📊 Simulation animée — MCU (R=2 m, ω=1.5 rad/s)

Code 3 : Spirale d'Archimède en coordonnées polaires

MATLAB
% ================================================
% COORDONNÉES POLAIRES — Spirale d'Archimède ρ = a·φ
% Calcul complet de v⃗ et a⃗ en polaire
% ================================================
clear all; close all; clc;

a       = 0.5;    % Paramètre [m/rad]
phi_dot = 1;      % Vitesse angulaire [rad/s]
phi     = 0:0.05:4*pi;
t       = phi/phi_dot;

% ρ = a·φ  →  ρ̇ = a·φ̇  →  ρ̈ = 0
rho      = a.*phi;
rho_dot  = a*phi_dot;

% Vitesse : v⃗ = ρ̇·eρ + ρ·φ̇·eφ
v_r   = rho_dot*ones(size(phi));
v_phi = rho.*phi_dot;
v_nrm = sqrt(v_r.^2+v_phi.^2);

% Accélération : a⃗ = (ρ̈−ρφ̇²)·eρ + 2ρ̇φ̇·eφ  (φ̈=0)
a_r   = -rho.*phi_dot^2;     % centripète
a_phi = 2.*rho_dot.*phi_dot;  % Coriolis
a_nrm = sqrt(a_r.^2+a_phi.^2);

% Conversion en cartésien pour tracé
x = rho.*cos(phi); y = rho.*sin(phi);

figure;
subplot(1,2,1);
plot(x,y,'b-','LineWidth',2);
title('Spirale d''Archimède'); axis equal; grid on;

subplot(1,2,2);
plot(t,v_nrm,'r-',t,a_nrm,'b--','LineWidth',2);
legend('|v⃗| (m/s)','|a⃗| (m/s²)');
xlabel('t (s)'); grid on;
title('Évolution de |v| et |a|');
📊 Spirale d'Archimède — ρ = 0.5·φ

9. Résumé et tableau récapitulatif

Gardez ce tableau sous la main lors de vos exercices — la colonne « Piège courant » résume les erreurs que font 80 % des étudiants en examen.

GrandeurDéfinitionUnitéPiège courant
Vecteur position OM⃗Repère M dans le référentielmConfondre avec le déplacement ΔOM⃗
Vitesse instantanée v⃗dOM⃗/dt — tangente à la trajectoirem/sUtiliser la vitesse moyenne à la place
Accélération a⃗dv⃗/dt = d²OM⃗/dt²m/s²Croire que a⃗ = 0 quand |v⃗| = cste
Base polaire (eρ, eφ)Vecteurs qui tournent avec MOublier de dériver eρ et eφ en t
Accélération normale aₙv²/Rc ≥ 0 — toujours vers le centrem/s²L'omettre en MCnU
🎯
Méthode de résolution recommandée 1) Choisir le référentiel et le système de coordonnées adapté à la symétrie du problème. 2) Écrire le vecteur position. 3) Dériver une fois → vitesse, deux fois → accélération (en tenant compte de la dérivée des vecteurs de base si ceux-ci tournent). 4) Identifier le type de mouvement. 5) Valider les dimensions et les cas limites.

← Chapitre 1 : Rappels mathématiques  |  Chapitre 3 : Dynamique du point matériel →

Ce cours fait partie de la série Mécanique Générale 1.

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